« 8 juin 1847 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/36], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12481, page consultée le 24 janvier 2026.
8 juin [1847], mardi matin, 8 h. ½
Bonjour, vilain, bonjour, menteur, bonjour, scélérat, bonjour. Je n’ai plus de
confiance dans vos promesses et encore moins dans nos RELIQUES. Je vous renie pour
un
honnête homme. Après cela vous êtes si enrhumé que je ne peux pas trop vous en
vouloir, et puis l’odeur de la peinture vous aurait peut-être fait du mal1. Je vois que les circonstances atténuantes vont m’amener petit à petit à vous avoir une
RECONNAISSANCE infinie de n’être pas venu depuis trois jours ! Ce que c’est que
l’amour !!!a
Voyons, décidément, où en êtes-vous de votre rhume ? Faut-il que je sois la plus
tendre des femmes ou la plus féroce des Juju ? Êtes-vous le plus morveux des
académiciens ou le plus traître des pairs de France ? Répondez si tu peux et choisis
si tu l’oses.
Du reste, moi qui ne me plains pas, je ne suis pourtant pas à la
noce. Ma tête et ma gorge en savent quelque chose. Cette odeur de peinture me donne
une sorte d’ivresse douloureuse qui me fait beaucoup souffrir. Heureusement que le
plus fort est passé et que dans deux ou trois jours il n’y paraîtra plus.
Malheureusement, mon amour est plus tenace et vous ne le savez que trop.
Juliette
1 « Il y a des maçons qui travaillent au rez-de-chaussée du no 12 de la rue Sainte-Anastase. » (Victor Hugo, Journal de ce que j’apprends chaque jour, 5 juin 1847.) Juliette s’en plaint depuis quelques jours.
a Il y a trois points de suspension.
« 8 juin 1847 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/37], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12481, page consultée le 24 janvier 2026.
8 juin [1847], mardi matin, 10 h. ¾
Je pense que vous avez Académie aujourd’hui, et j’espère aller vous y chercher avec
ou sans votre permission. Vous pensez bien que je ne compterai plus sur vos promesses
si ce n’est pour être bien sûre que vous ne les tiendrez pas. J’irai donc vous
chercher tantôt, quelque temps qu’il fasse et quoi qu’ila arrive et que vous en disiez.
ATTRAPÉb ! Vous saurez que c’est
aujourd’hui la Saint-Médard et qu’il ne faut pas plaisanter avec ce saint
PLUVIEUX1.
Je vous ai fait changer votre billet.
J’aurais mieux aimé vous le changer à ma façon mais vous
n’entendez pas assez la plaisanterie pour que je me livre à mon inspiration. Aussi
vous trouverez votre grenouille2 intacte quand vous viendrez.
J’ai eu 2 reconnaissances à renouvelerc hier. Je vais avoir aujourd’hui
des balais, des plumeaux et des éponges à acheter, sans préjudice des 95 F. que je
dois à Suzanne.
Je vous écris toutes
ces choses puisque vous ne prenez pas le temps de les entendre, et je vous baise en
pattes de mouches puisque vous vous refusez à toute autre caresse plus
significative.
Juliette
1 On associe à ce saint fêté le 8 juin ce célèbre dicton : « S’il pleut à la Saint-Médard, il pleut quarante jours plus tard ». Juliette le cite souvent.
2 Familier : tirelire.
a « quoi que il ».
b « ATTRAPPÉ ».
c « renouveller ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
